Eugène Nindorera rend hommage à un homme respecté
Ce jeudi 21 mai 2026, la voix d’un fervent artisan de l’unité des Barundi s’est éteinte. C’était la voix d’un visionnaire, car il a compris très tôt que la société burundaise avait besoin d’être transformée et il s’est résolument engagé à promouvoir ce changement de différentes manières.
Lorsque j’ai fait la connaissance d’Ambroise Niyonsaba dans un cadre privé, je n’étais qu’un simple étudiant de l’Université du Burundi et j’ai pu bénéficier des réflexions de ce véritable intellectuel sur des sujets très variés. Son rayonnement allait bien au-delà de son champ professionnel et de sa formation académique d’ingénieur en construction. Il cherchait certainement à répandre largement ses idées sur les problèmes qui minent profondément La société burundaise lorsqu’il écrivit et publia la pièce de théâtre « L’espoir au pays des Mbala ». Elle sera mise en scène à plusieurs reprises, notamment à l’Université du Burundi.
Lorsqu’après les tristes évènements de Ntega-Marangara de 1988, une Commission nationale chargée d’étudier la question de l’unité nationale est mise en place, la présence d’Ambroise Niyonsaba en son sein est fortement appréciée compte tenu de ses idées et de sa personnalité. Quelles que soient les critiques émises par certains à l’égard du travail de cette commission, il a permis des avancées significatives sur le chemin de la cohésion sociale.
En août 1997, Ambroise Niyonsaba est nommé au Gouvernement en qualité de Ministre chargé du Processus de Paix. Ce choix à ce nouveau poste ne soulève pas de réactions négatives majeures, ce qui est plutôt rare dans une société aussi divisée. Je faisais déjà partie du Gouvernement depuis une année. Notre collaboration au sein de l’Éxécutif va devenir particulièrement étroite lorsque démarrent les négociations d’Arusha. Ses déplacements fréquents en dehors du pays amènent le Président à me confier le volet intérieur du processus de paix. Par ailleurs, pour suivre de près ce processus, un groupe de travail est mis en place et, bien entendu, nous y figurons tous les deux.
Au cours de cette période de plus de trois ans, cette équipe a été fortement sollicitée pour gérer un processus d’une complexité extraordinaire. En tant que Ministre chargé du Processus de Paix, Ambroise Niyonsaba avait sans aucun doute le rôle le plus difficile.
Dans un contexte fortement polarisé et de violence, il a dû régulièrement faire face aux critiques, aux railleries, aux accusations, aux pressions multiformes, aux insultes ou encore aux menaces des uns et des autres, des militants de son camp comme des autres camps politiques ou encore des autres acteurs nationaux et internationaux. Ambroise Niyonsaba n’hésitait pas à soutenir des positions contraires à celles de son parti politique pour privilégier celles qu’il jugeait plus justes et plus conformes à la promotion du bien commun. A tous les protagonistes, y compris le Gouvernement auquel il appartenait, il rappelait la nécessité de rechercher l’équilibre en critiquant avec tact leur point de vue. Ambroise Niyonsaba a toujours préféré la discrétion et l’efficacité aux coups d’éclat ou aux communications motivés principalement par une recherche de popularité.
Une discrétion efficace
Son rayonnement a dépassé les frontières du Burundi. Il a été le Représentant Spécial de l’Union Africaine en Côte d’ivoire de 2005 à 2014. Pendant ses trente derniers mois, j’étais également à Abidjan pour le compte de l’ONUCI (Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire). J’ai eu l’opportunité de le côtoyer et de recueillir des témoignages élogieux sur son bilan des neuf années qu’il a passées en Côte d’Ivoire. Il est resté un homme profondément attaché aux valeurs de paix, de dialogue et d’unité. Son activisme dans la discrétion s’est avéré tout aussi efficace et son expérience du Burundi lui a permis de contribuer de manière appréciable à la résolution du conflit ivoirien.
En cette douloureuse circonstance, j’adresse mes sincères condoléances à sa famille et à ses proches. Que son âme repose en paix !
Pour que son héritage puisse continuer d’éclairer le chemin des générations futures, je vais essayer de me procurer des exemplaires de « L’espoir au pays des Mbala » pour relire cette pièce de théâtre et mettre ces exemplaires à la disposition de quelques bibliothèques scolaires.
La voix du visionnaire Ambroise Niyonsaba s’est éteinte, mais ses idées vont continuer de vivre en nous !