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Dans la région des Grands Lacs, les crises restent rarement confinées à l'intérieur des frontières nationales. Guerres, rébellions, exils, alliances et rivalités circulent d'un pays à l'autre comme dans des vases communicants. La grave crise diplomatique qui oppose aujourd'hui le Rwanda et le Burundi ne fait pas exception. Elle est l'aboutissement d'un long processus qu'il faut replacer dans une histoire régionale plus vaste pour en comprendre les ressorts.
Selon les historiens, le Rwanda et le Burundi, sans être des États jumeaux ni avoir jamais formé une même entité politique — hors la période où ils furent placés sous administration belge dans le cadre du mandat, puis de la tutelle, sur le Ruanda-Urundi (1916-1962) — appartiennent à une même aire de civilisation. Leurs monarchies se sont développées au sein d’un espace où les échanges, les rivalités et les influences réciproques étaient constants.
Les héritages de cette histoire longue continuent de marquer les relations entre les deux pays.[1]
Cette histoire longue constitue la toile de fond de cette série. Mon analyse se concentre sur la période 2005-2026. Les références au passé ne sont mobilisées que lorsqu'elles éclairent les événements contemporains.
Pourquoi commencer en 2005 ? Cette année-là, le CNDD-FDD accède au pouvoir au Burundi.
Au Rwanda, le Front patriotique rwandais (FPR) dirige déjà le pays depuis plus d'une décennie. Pour la première fois, le Rwanda et le Burundi sont dirigés par des partis issus d'anciens mouvements armés.
Ce moment ouvre une nouvelle séquence politique dont les effets se feront progressivement sentir dans les relations entre Kigali et Bujumbura.
Si le FPR et le CNDD-FDD sont tous deux arrivés au pouvoir au terme de plusieurs années de guerre, leurs origines, leurs trajectoires et leurs cultures politiques sont profondément différentes.
Le FPR est né de la lutte menée par d'anciens réfugiés tutsi pour faire valoir leur droit au retour au Rwanda.
Le CNDD-FDD est issu de la guerre civile déclenchée après l'assassinat, en octobre 1993, du président Melchior Ndadaye, premier chef de l'État démocratiquement élu du Burundi.
Comme le montrera cette série, les relations entre Kigali et Bujumbura ont d'abord été relativement cordiales avant de se dégrader progressivement sous l'effet de divergences politiques, sécuritaires et régionales de plus en plus profondes.
Ce choix est aussi celui de l'expérience. En 2005, j'exerce le métier de journaliste depuis plus de dix ans. Depuis lors, j'ai pu observer une partie de ces évolutions, rencontrer nombre de leurs principaux acteurs et suivre des événements longtemps restés à l'écart de l'attention internationale. Mon objectif n'est pas de raconter mes souvenirs, mais de mettre cette expérience au service d'une relecture documentée des faits.
Cette série s'appuie sur des observations de terrain, des documents, des témoignages ainsi que sur un important travail de lecture et de recoupement des sources.
Elle propose de revenir, étape par étape, sur l'évolution des relations entre le FPR et le CNDD-FDD afin de comprendre comment deux mouvements nés de contextes historiques différents, devenus les deux partis au pouvoir au Rwanda et au Burundi, ont progressivement conduit les relations entre les deux pays à l'une des plus graves crises diplomatiques de leur histoire récente.
Publication hebdomadaire à partir du vendredi 24 juillet, réservée aux abonnés des Carnets d'Antoine Kaburahe.
[1] Jean-Pierre CHRÉTIEN, L'Afrique des Grands Lacs. Deux mille ans d'histoire, Paris, Aubier, coll. « Collection historique », 2000.
Contact: antoine@antoinekaburahe.com