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Kira Hospital : où est passé l'argent allemand

Près de deux millions d'euros pour aider Kira à lutter contre le Covid-19. Lors d'une inspection, les auditeurs découvrent que les équipements censés être financés datent... de 2015. Le bailleur allemand met fin au financement.

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Près de deux millions d'euros de fonds européens. Une première tranche bien employée. Puis un changement de direction — et une histoire qui finit mal, à Cologne, dans une lettre de rupture.

Au commencement, il y a une réussite. Début 2021, en pleine pandémie, l'équipe du Dr Christophe Sahabo obtient ce que peu d'hôpitaux de la région parviennent à décrocher : un financement de la coopération allemande. Le bailleur est DEG Impulse, filiale de la banque publique de développement KfW. L'accord — programme develoPPP Covid-19, référence G0518 — est signé le 29 septembre 2021.

L'enveloppe est considérable. Le projet pèse plus de 3,8 millions d'euros, et les Allemands en couvrent la moitié : jusqu'à 1 909 339 euros. La première tranche tombe en décembre 2021.

On la voit à l'œuvre dès le premier trimestre 2022, quand dans l’ancien parking sont construites de nouvelles urgences et de nouveaux cabinets, sur 1 200 mètres carrés. À Bujumbura, l'ambassade d'Allemagne suit le chantier de près. Tout se passe bien.

C'est là que l'histoire bascule. En avril 2022, le coup de force intervient. Le Dr Sahabo est arrêté, sans aucun mandat. Il est incarcéré dans les locaux du service national de renseignement (SNR) où il sera torturé.

La nouvelle direction, elle, hérite du fonds allemand — et de la deuxième tranche, débloquée alors que le fondateur de l'hôpital, Dr Sahabo, est déjà derrière les barreaux.

Avant l'alarme des Allemands, il y a eu celle des actionnaires.

Le 9 janvier 2023, les actionnaires privés majoritaires écrivent à la direction.  Avec copie au Président de la République, au Premier ministre, à la ministre de la Justice. Objet : « Dénonciation de la mise en faillite délibérée de Kira Hospital ».

Le texte n’est pas un cri. C’est un inventaire. Treize griefs contre la nouvelle gouvernance. Des sorties de fonds vers des fournisseurs fictifs, sans facture. Des surfacturations. Et deux lignes qui, aujourd’hui, résonnent autrement.

La première : le détournement, selon eux, des fonds du chantier des nouvelles urgences — celles-là mêmes que la première tranche allemande avait fait sortir de terre. Ouverture prévue en mai 2022. « Toujours pas effective », écrivent-ils en janvier 2023.

La seconde : la confiscation, par l’actionnaire SOCABU, d’un rapport d’audit d’octobre 2022. Refusé, affirment-ils, jusqu’à l’Inspection Générale de l’État. Le même audit, ou presque, que Cologne réclamera un an plus tard. En vain.

Deux jours suffisent à la direction pour répondre. Un « communiqué de démenti », signé du Dr Sylvain Pierre Nzeyimana, directeur général ad interim. On y cherche une réponse aux treize griefs. On n’en trouve aucune. Le communiqué ne parle pas de gestion. Il conteste aux actionnaires le droit de la mettre en cause, les accuse d’avoir fabriqué un faux procès-verbal, annonce des poursuites. Puis il rassure : l’hôpital « connaît un fonctionnement normal ».

Alors que le climat est malsain et que les actionnaires signalent déjà des problèmes de gestion, le 22 mars 2023, le Dr Sylvain Pierre Nzeyimana, directeur général ad interim, signe un appel de fonds réclamant à DEG Impulse un paiement partiel de 381 868 euros.

Pour l'obtenir, il faut justifier. La direction joint donc un tableau budgétaire d'une précision méticuleuse, colonne « coûts réels » remplie ligne à ligne. 

Ce que ce document annonce ne manque pas d'allure. Quatre appareils PCR. Dix-sept respirateurs. Une centrale à oxygène capable de remplir soixante-dix bouteilles par jour. Quinze lits de réanimation. Quatre-vingt mille kits de tests PCR, trente-huit mille tests antigéniques, des formateurs venus de l'étranger.

Sur le papier, l'argent a servi. Tout a été acheté, tout est justifié. Et sous le tableau, une signature : celle du Dr Nzeyimana.

À Cologne, on ne signe pas des millions les yeux fermés. Le changement brutal de direction à Kira a rendu le bailleur plus prudent, et la KfW décide de ne plus se contenter de rapports écrits.

Elle envoie une mission au Burundi. Deux personnes arrivent au Burundi — deux dames. Elles s'installent à l'hôtel Roca Golf, et dès le lendemain, elles se rendent à Kira.

Leur demande est simple : voir, de leurs yeux, les équipements payés avec l'argent allemand.

La direction les accueille, leur fait visiter l'hôpital, leur montre les machines. Les deux Allemandes regardent, posent des questions, écoutent, notent et... photographient. Méticuleusement. Les Allemands sont réputés méthodiques. Ils ne s'arrêtent pas seulement aux appareils : l'air de rien, elles prennent aussi les photos des étiquettes. Ces petites plaques collées sur le flanc des machines, avec un numéro, une référence, une date d'importation. Des détails.

Personne, ce jour-là ne prête attention à une des deux Allemandes qui prend des photos.

Ce sont pourtant ces étiquettes qui vont parler.