Ce matin, j’ai pu m’entretenir avec le ministre rwandais des Affaires étrangères après les graves accusations formulées par le président burundais Évariste Ndayishimiye contre le Rwanda dans un entretien accordé à Jeune Afrique et publié le 10 mai.
Dans cette interview, le chef de l’État burundais, également président en exercice de l’Union africaine, accuse Kigali de soutenir, d’équiper et d’entraîner le groupe armé burundais RED-Tabara. Il affirme que « le Rwanda a des intentions malveillantes à l’égard du Burundi » et considère la présence du M23 et des forces rwandaises près de la frontière burundaise comme une menace directe pour son pays.
Évariste Ndayishimiye défend également le maintien de plusieurs milliers de soldats burundais dans l’est de la RDC, expliquant qu’ils interviennent en appui des FARDC dans le cadre d’accords régionaux. Il rejette les accusations de collaboration avec les FDLR et appelle à une coopération sécuritaire régionale entre le Rwanda, le Burundi, la RDC et l’Ouganda pour combattre les groupes armés actifs dans l’est congolais.
Le ministre rwandais des Affaires étrangères rejette fermement ces accusations. Pour Olivier Nduhungirehe « les déclarations du président Évariste Ndayishimiye sont inacceptables à plus d’un titre. Il accuse un État membre de l’Union africaine d’avoir des intentions malveillantes envers le Burundi sans apporter la moindre preuve. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’il tient de tels propos contre le Rwanda », affirme le ministre rwandais .
D’emblée, Kigali rejette les accusations formulées par le chef de l’État burundais dans son entretien à Jeune Afrique. Le ministre rwandais estime également que certaines déclarations d’Évariste Ndayishimiye sont difficilement compatibles avec ses responsabilités actuelles à la tête de l’Union africaine.
« Son interview révèle aussi des aveux graves de la part du président en exercice de l’Union africaine », poursuit-il, en référence à la présence de troupes burundaises dans l’est de la RDC.
Le ministre Nduhungirehe affirme également voir une contradiction dans les explications fournies par le président burundais concernant le rôle des troupes burundaises déployées dans l’est de la RDC.

Selon Kigali, Évariste Ndayishimiye explique d’un côté que les militaires burundais opèrent sous le commandement des FARDC, mais affirme ensuite que les unités burundaises restent séparées des forces congolaises et ne se mélangent pas à elles.
« Dans la même interview, il explique d’abord que les troupes burundaises sont sous commandement des FARDC et déployées par elles. Puis, plus tard, il affirme que les unités burundaises ne peuvent pas se mélanger aux unités congolaises parce qu’elles ont des stratégies différentes. Pour nous, cette contradiction est flagrante », estime le ministre.
Le ministre rwandais va plus loin en accusant directement le Burundi de collaborer avec les FDLR, le groupe armé rwandais fondé par d’anciens responsables du génocide contre les Tutsi de 1994.
« Les FDLR collaborent ouvertement avec l’armée congolaise et avec l’armée burundaise. On ne peut pas venir aujourd’hui expliquer que le Burundi veut lutter contre les FDLR alors qu’il travaille avec eux sur le terrain », affirme-t-il.
Kigali rejette ainsi la proposition formulée par Évariste Ndayishimiye d’une coopération sécuritaire régionale entre le Rwanda, le Burundi, la RDC et l’Ouganda pour combattre les groupes armés actifs dans l’est congolais.
Selon le ministre rwandais, les positions des FDLR sont connues et leur neutralisation serait possible si les autorités congolaises et burundaises en avaient réellement la volonté politique.
« Si l’armée burundaise voulait neutraliser les FDLR, elle pourrait convaincre son allié congolais de le faire. Mais nous ne voyons aucune volonté réelle de la part de Kinshasa et de Gitega », dit-il.
Un apaisement est-il possible?
Interrogé sur les perspectives d’apaisement entre Kigali et Gitega, le ministre rwandais affirme que la détérioration des relations bilatérales est directement liée, selon lui, au positionnement du Burundi dans le conflit de l’est de la RDC.
« La solution pour améliorer les relations entre le Rwanda et le Burundi est très simple : le Burundi doit mettre fin à son attitude hostile envers le Rwanda », affirme-t-il.
Le ministre rwandais évoque également certaines déclarations passées de responsables burundais que Kigali considère comme particulièrement préoccupantes. Il cite notamment une intervention d’Évariste Ndayishimiye devant des jeunes à Kinshasa, en janvier 2024, au cours de laquelle le président burundais avait déclaré vouloir aider « la jeunesse rwandaise à se débarrasser du gouvernement ».
« Ce ne sont pas les propos de quelqu’un qui cherche de bonnes relations avec son voisin », estime le ministre.
Malgré ces accusations, Kigali affirme rester disposé à une désescalade.« Si le Burundi s’engage sur une voie de désescalade, le Rwanda est prêt à retrouver les bonnes relations que nous avions dans le passé », assure le ministre rwandais des Affaires étrangères.
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