Généraux vieillissants, nouvelles élites militaires et équilibres du pouvoir au Burundi à l’approche de 2027. À un an des élections, radiographie d’une institution au cœur du pouvoir
Commençons par la fin — ou plutôt par ce qui vient après.
D’ici dix ou quinze ans, les généraux et autres grands officiers qui dirigent officiellement le Burundi ou tirent les ficelles dans l’ombre depuis 2005 auront disparu de la scène. Certains ne sont d’ailleurs déjà plus là.
Le puissant général Adolphe Nshimirimana, homme le plus redouté du régime Nkurunziza, a été tué en août 2015 dans un attentat.
Alain-Guillaume Bunyoni, son compagnon d’armes et ancien patron de la police, a connu la prison et la disgrâce.
D’autres, impliqués de près ou de loin, à tort ou à raison dans la tentative de coup d’État de mai 2015, croupissent en prison ou vivent en exil.
La génération des fondateurs décline : aléas politiques, âge, maladie... C’est la loi de la vie.
Ces hommes ont partagé les affres du maquis dans les années 1990 et 2000. Ils ont connu la clandestinité, la traque, la violence — celle qu’ils ont subie et celle qu’ils ont infligée. Ils ont vécu la fidélité absolue, mais aussi les trahisons qui font partie de la guerre. Ils ont survécu ensemble.
Un de ceux qui ont vécu les premières années du mouvement, et qui a accepté d’en parler sous couvert d’anonymat, dit que c’est une expérience « inénarrable » — incompréhensible pour qui ne l’a pas vécue. Il parle d’un « sentiment de fraternité bâtie non sur des grades, mais sur des années de souffrance commune ». Une camaraderie qu’on ne transmet pas. Qu’on ne peut pas transmettre. Ces hommes se considèrent, à juste titre, comme des survivants — et cette conscience-là soude plus profondément que n’importe quel serment ou n’importe quel grade.
Ces hommes sont donc appelés à s’effacer. « La retraite est à 55 ans pour un colonel et 60 ans pour un général », précise le règlement militaire. Dans quelques années, progressivement, devrait émerger une nouvelle génération d’officiers — Hutu et Tutsi — dont la biographie est radicalement différente.
Ces officiers ont, pour la plupart, été formés après les accords de paix — à l’ISCAM, l’Institut supérieur des cadres militaires de Bujumbura, ou dans des académies militaires réparties aux quatre coins du monde : africaines, européennes, mais aussi russes et chinoises, reflet de l’évolution récente des alliances militaires de Bujumbura.
Beaucoup ont servi sous l’uniforme de l’AMISOM en Somalie, de la MINUSCA en Centrafrique, de la MONUSCO en RDC — aux côtés des contingents d’autres pays contributeurs de forces, dans des opérations multilatérales soumises aux standards de l’Union africaine. Leur rapport à l’institution militaire devrait, en théorie, être différent de celui de leurs aînés formés à l’école du maquis.
En théorie
Car d’après toutes les sources militaires et les experts interrogés pour cette analyse, la transition générationnelle n’est pas « mécanique ». Elle ne produit pas automatiquement le changement qu’on pourrait en attendre.
Mais avant même de s’interroger sur l’esprit qui animerait cette relève, une question plus immédiate s’impose — et peu osent la formuler franchement : est-on seulement certain que les anciens vont réellement s’effacer ?