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"Kirapanze"

Ce week-end, le CNDD-FDD désigne son candidat pour 2027. Mais la décision est déjà prise. Elle l'était avant que les délégués ne prennent leurs sièges. Une analyse de vingt ans de déplacement du pouvoir.

Gitega, avril 2026. Le Comité central du CNDD-FDD en session. Des centaines de délégués. La décision, dit-on, est déjà prise. Kirapanze.
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Un mot circule dans les couloirs du parti. Court, définitif, kirundi. « Kirapanze » — tout est planifié. Il dit en trois syllabes ce que les observateurs peinent à formuler. Et il résume, mieux que n'importe quelle analyse, ce que sont devenues les élections au Burundi.

Ce week-end, le CNDD-FDD désigne son candidat pour 2027. Mais à entendre ceux qui connaissent le parti de l’intérieur, la décision ne se prendra pas ce week-end. Elle l’est déjà.

Une source très haut placée dans les arcanes du parti décrit un processus minutieusement balisé : « Le congrès est précédé par une réunion du comité central pour évaluer le mandat 2020–2027 et ajuster les priorités pour le suivant. Le congrès du 26 avril servira surtout à “kwemeza ivyavuye muri iyo nama du 24-25”  — valider ce qui aura déjà été arrêté.

Sur le nom du candidat, la réponse tombe, sans détour : « Aucune controverse jusqu’ici. C’est une reconduction. Je ne souhaite pas être cité » , je ne souhaite pas être cité.

Trois autres sources proches du parti confirment, avec la même exigence d’anonymat — signe d’une prudence qui traduit un certain climat de méfiance.

Dans le pays, l’indifférence domine. Confrontée à des difficultés de plus en plus pressantes, une grande partie de la population se tient à distance de ce moment politique. Dans le microcosme politique lui-même, pas d’effervescence. Peu d’attente. « Kirapanze », dit-on. Tout est planifié.

Ce sentiment n’est pas né aujourd’hui. Il s’est construit, au fil des cycles électoraux, au rythme des transformations du pouvoir. Pour le comprendre, il faut revenir en arrière.