Ce 4 mai, comme chaque année, je marque la Journée de la liberté de la presse. Pour la dixième fois consécutive, loin de mon pays, loin de ma rédaction.
Une tristesse silencieuse, profonde, que seuls ceux qui ont connu l'exil peuvent saisir.
L'exil, ce n'est pas seulement la nostalgie ou le sentiment d'arrachement à son pays. C'est aussi — et surtout — une question qui ne vous lâche pas : comment continuer à exercer son métier de journaliste ?
Les journalistes burundais en exil ont, pour la plupart, fait preuve d'une remarquable résilience. Des médias ont vu le jour, souvent en ligne, avec tous les défis que cela implique : précarité, distance, pression, incertitude.
Avec le temps, on ne s'habitue pas. On s'adapte.
Pour ma part, j'ai connu des hauts et des bas. Mais il y a eu un moment plus difficile que les autres : celui où j'ai compris, progressivement, qu'il devenait risqué de m'exprimer librement dans le journal que j'avais fondé.
Mon ton, mon indépendance — liberté paradoxale de l'exil — pouvaient mettre en danger mes collègues restés au pays.
Ce fut un exil dans l'exil.
Or, la liberté d'expression m'est aussi vitale que l'air. Me taire n'était pas une option.
Alors, j'ai lancé Les Carnets. Un espace libre. Un refuge.
Et il s'est produit quelque chose d'essentiel : le public a répondu. Il lit, il partage, il s'abonne. Il soutient.
C'est peut-être là la leçon la plus forte : lorsque les citoyens ont soif d'une information libre, rigoureuse et indépendante, ils sont prêts à la défendre — y compris en y contribuant directement.
Plus que jamais, je mesure combien cette soif existe.
Et combien elle exige de nous.