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Ils ne faisaient pas que du théâtre...

L'art était leur résistance, la mémoire leur seule patrie.

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Kayishema, Kalisa, Rurangwa… et beaucoup d'autres remplissaient les salles de Bujumbura. Tous trois étaient des réfugiés rwandais. Leurs pièces parcouraient les salles de spectacle de la capitale, les écoles secondaires et les villes de l'intérieur du pays.

Des histoires héroïques. Des récits d'engagement et de sacrifice.

Beaucoup, moi le premier, ignorions alors que ces pièces constituaient bien davantage qu'un divertissement. Elles étaient le creuset d'un mouvement de fond : faire prendre conscience à une jeunesse rwandaise née ou grandie en exil que le Burundi n'était pas, et ne serait jamais, son pays.

Ce Burundi ouvert… et fermé à la fois.

Ouvert parce qu'il avait accueilli des dizaines de milliers de réfugiés. Fermé parce qu'il pratiquait sans complexe la préférence nationale. Les offres d'emploi commençaient presque toutes par une formule rituelle : « Être de nationalité burundaise. » Quelques mots seulement. Mais ils rappelaient à toute une communauté que, malgré les années passées au Burundi, elle demeurait étrangère.

Il ne fallait pourtant pas faire de vagues. Il fallait travailler. Dur.

Pour accéder au secondaire, les écoliers réfugiés rwandais devaient obtenir une note d'admission nettement plus élevée que celle exigée des élèves burundais à la fin du cycle primaire.

Leur pays d'origine leur était fermé. « Trop petit », répondaient les autorités rwandaises. Leur pays d'accueil leur rappelait, lui aussi, qu'ils n'étaient jamais tout à fait chez eux.

Alors ils ont investi l'art.

Le théâtre. La danse. La poésie. La musique.

Pas seulement pour préserver une langue ou une culture. Mais pour entretenir, chez une génération née en exil, la conviction que le Burundi n'était qu'une parenthèse.

Les Rwandais grandis au Burundi parlaient un kirundi impeccable. Mais ils pouvaient passer au kinyarwanda en une fraction de seconde. Comme s'ils vivaient déjà dans deux patries à la fois.

C'est cette tension-là qu'ils ont fini par transformer en art.

L'art comme résistance.

L'art pour empêcher l'exil de devenir un destin.

J'avais un ami rwandais qui écoutait en boucle Là-bas, de Jean-Jacques Goldman.

Un couplet de cette chanson dit :

Ici, tout est joué d'avance Et l'on n'y peut rien changer Tout dépend de ta naissance Et moi, je ne suis pas bien né

Aux premières heures de la guerre, il est parti « là-bas ».

« J'aurai ma chance, j'aurai mes droits, et la fierté qu'ici je n'ai pas », dit encore la chanson.

Alors seulement, j'ai compris...


Ce billet constitue l'un des fragments d'une histoire beaucoup plus vaste. Pour comprendre comment les relations entre le Burundi et le Rwanda se sont progressivement dégradées depuis 2005, retrouvez mon Grand Dossier sur l'évolution des relations entre Burundi et Rwanda

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