Je me suis toujours demandé pourquoi les informations qui touchent aux questions financières intéressent si peu les journalistes — à quelques spécialistes près. Et pas seulement les journalistes burundais.
Peut-être parce qu’elles sont souvent ardues, techniques, parfois franchement rébarbatives. Elles parlent de contrats, de clauses, d’arbitrage, d’indemnisation. Rien qui fasse spontanément vibrer une rédaction ou s’enflammer les réseaux sociaux.
Peut-être aussi parce que ces affaires se jouent loin du bruit, dans des prétoires feutrés, entre avocats spécialisés et grands cabinets internationaux. Le CIRDI, devant lequel deux affaires impliquant actuellement le Burundi sont pendantes, siège à Washington.
Pas exactement le genre d’endroit où l’on croise une foule en colère, des policiers ou des caméras.
Et pourtant...
Deux procédures concernant le Burundi sont déjà pendantes devant le CIRDI. Deux affaires minières. Si elles devaient aboutir à une condamnation de l’État, les conséquences financières pourraient être lourdes.
Pourtant, l’information n’a guère agité notre « twittosphère », d’habitude si prompte à s’enflammer.
Je peux presque prendre un pari : si demain le Burundi est condamné à verser plusieurs dizaines de millions de dollars, l’affaire fera la Une. On découvrira alors le CIRDI, les contrats, les investisseurs, les arbitres. On demandera : comment en est-on arrivé là ?
Mais la bonne question est peut-être à poser avant.
Les plus anciens se souviennent sans doute de l’affaire dite AFFIMET. Ce précédent n’a rien d’anecdotique. En mai 2013, une ordonnance du ministre burundais de la Justice, publiée au Bulletin officiel du Burundi, ordonnait encore le paiement aux consorts Goetz de 2 503 544,74 dollars, en trois tranches. La dépense figurait au budget de l’État sous un intitulé qui se passe de commentaire : « Indemnisation AFFIMET ». Lire la sentence
Aujourd’hui, deux nouvelles affaires sont pendantes. Et, selon les informations que j’ai pu recueillir, Kira Hospital pourrait être la prochaine.
Et ce silence m’interroge.
L’Assemblée nationale suit-elle ces procédures ? Les commissions compétentes en connaissent-elles les enjeux ? Le gouvernement a-t-il évalué l’exposition financière éventuelle de l’État ?
Car il n’y a pas que le risque d’une lourde condamnation.
Pour un pays qui affirme vouloir attirer les investisseurs, l’accumulation de contentieux internationaux envoie aussi un signal. Un investisseur regarde la fiscalité, les infrastructures, la stabilité du pays, les perspectives de rentabilité. Mais il regarde également la sécurité juridique, le respect des contrats et la manière dont l’État règle ses différends avec ceux qui ont investi.
C’est aussi cela, le fameux climat des affaires. Le doing business dont nous parlons tant.
Bien sûr, un État doit pouvoir défendre ses intérêts. Il peut considérer qu’un contrat a été mal négocié, qu’il est déséquilibré ou qu’il lèse l’intérêt national. Il peut vouloir le renégocier. Il peut aussi défendre sa position devant un tribunal arbitral. Et être poursuivi devant le CIRDI ne signifie évidemment pas être condamné.
Mais les décisions ont parfois un coût. Et lorsque les mécanismes internationaux d’arbitrage se mettent en mouvement, ce coût peut devenir considérable.
C’est pourquoi ces affaires méritent peut-être notre attention maintenant, et pas seulement le jour où une sentence tombera.
Un État ne peut pas se permettre de découvrir le coût de ses décisions le jour où arrive la facture.
Les journalistes non plus.
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