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Chadia. Baracabitohoza

Baracabitohoza. Un mot. Un procédé. Rodé. Hier comme aujourd'hui. Un art qui n'a pas pris une ride.

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Le 15 juin 2026, le substitut du procureur général près la Cour suprême du Burundi a rendu son verdict : l'affaire Chadia Mukaremera est classée sans suite.

Chadia a disparu le 25 février 2026 en se rendant au travail. Mais selon la justice burundaise, il n'y a pas eu d'infraction. Pas de prévenu. Pas de crime. Donc, logiquement, pas de victime.

Rassurez-vous.


L'enquête a eu lieu

Des policiers ont enquêté. Des cadres de la CNIDH ont été interrogés. Et au terme de ces investigations, le substitut du procureur général Isaac Kubwayo a conclu : « les sources d'informations jusqu'ici explorées tarissent ».

Les sources tarissent. Voilà. C'est dit. L'absence de résultat devient la preuve de l'absence de crime. Le raisonnement est circulaire, imparable, et parfaitement cynique.


Les coupables? Ses collègues qui ont donné l'alerte

Ne vous y trompez pas : si la justice n'a pas trouvé de coupable dans la disparition de Chadia, elle en a trouvé ailleurs.

Ce sont les cadres de la CNIDH qui ont osé alerter. Ceux qui ont signé la lettre. Ceux qui ont dit : notre collègue a disparu, cherchez-la.

La note du substitut les décrit comme porteurs de « velléités rancunières » datant de l'époque de l'ancien commissaire général. Leur alarme n'est pas un acte civique. C'est une manœuvre. Une vengeance d'appareil. Un « grain de sable » — l'expression est dans la note du Procureur — venu perturber la réconciliation interne de la Commission.

Bref, Chadia est même coupable en disparaissant !

Et Mgr Président dans tout cela ?

La CNIDH, rappelons-le, est présidée par un évêque. Un homme que tous décrivent comme « bon ». Un homme qui, dans le temporel, préside aux droits des vivants — et dans le spirituel, répond de leurs âmes devant Dieu.

Le commissaire général, son adjoint et la secrétaire générale ont été convoqués par le substitut. Ils ont « unanimement dit qu'ils n'en savent rien du tout ».

Rien du tout.

Une femme employée par leur institution a disparu. Et ses supérieurs hiérarchiques n'en savent rien du tout.

Attention, ce que vous allez lire ici est un procédé rare, original, typiquement burundais, bien rodé. Ce n'est pas une spécialité du pouvoir actuel, mais un procédé qui plonge ses racines dans les monarchies militaires qui ont dirigé le Burundi. C'est imparable. Cela s'appelle : BARACABITOHOZA. (Les recherches continuent.)

Un mot qui a bercé des générations d'orphelins et qui n'a pas pris une ride.

Dans sa note, le substitut du procureur général, Isaac Kubwayo, est à son tour entré dans l'histoire.

Lisez, bonnes gens, cette perle éternelle au pays :

« Le classement sans suite n'est qu'une mesure administrative. L'enquête pourra reprendre. Un jour. Si de nouveaux éléments surgissent. »

End of story.


La semaine prochaine, Monseigneur Nyaboho, le Président de la CNIDH sera à Genève. Invité à la grande messe mondiale sur les droits de l'homme. Il évoquera, sans doute, les avancées du Burundi en la matière. Il y aura des résolutions. Des budgets. Des notes de notation. Des réceptions et des discours bien calibrés.

Y aura-t-il question de Chadia Mukaremera à Genève ?

Soyons sérieux. On parle des choses sérieuses. Une pauvre veuve. Simple employée de ménage à la CNIDH ? D'ailleurs, le dossier est classé.

La messe est dite.

Allez dans la paix du Christ. Nous rendons gloire à Dieu.

Bon voyage à Genève, Monseigneur Président de la CNIDH.

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