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Le ministre Bizimana confond une citoyenne et un État

Analyse d'un raisonnement diplomatique qui confond responsabilité individuelle et responsabilité d'un État. Derrière un tweet, des accusations graves, des menaces à peine voilées et beaucoup de questions sans réponse.

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Dans un message publié sur X, le ministre burundais des Affaires étrangères affirme qu'une citoyenne canadienne ayant rejoint le mouvement armé RED-Tabara démontrerait que « certains pays encouragent le désordre » au Burundi. Plus étonnant encore, il interpelle directement le Premier ministre canadien ainsi que les diplomaties française et belge, laissant entendre que ces gouvernements porteraient une part de responsabilité dans cet engagement individuel.

Ce raisonnement est juridiquement et diplomatiquement contestable.

Une citoyenne canadienne n'agit pas au nom du Canada. Elle agit en son nom propre et engage sa seule responsabilité. Dans toutes les démocraties, des ressortissants peuvent choisir de rejoindre une organisation qu'ils estiment défendre une cause, sans que leur engagement devienne, pour autant, celui de leur pays.

Le choix d'une Canadienne de rejoindre une organisation qu'elle estime défendre une cause ne permet en aucun cas de conclure que le Canada soutient cette organisation.

Une telle accusation ne pourrait être fondée que sur des éléments établissant une implication directe des autorités canadiennes : financement, entraînement, fourniture d'armes ou soutien officiel. À défaut de telles preuves, ce raisonnement repose sur une confusion fondamentale : celle qui consiste à attribuer au Canada les choix d'une de ses citoyennes. Une approximation que l'on n'attend pas du chef de la diplomatie d'un pays.

À ce compte-là, tout pays comptant des binationaux engagés dans une cause étrangère deviendrait complice de leurs choix — une lecture du droit international qui ferait sourire dans n'importe quelle chancellerie.

Le ministre écrit également :

« Le MAE Burundi suit avec intérêt tous les diplomates impliqués dans des actes hostiles et des mesures seront prises. »

Le tweet soulève une autre interrogation. En désignant publiquement le Canada, la France et la Belgique, puis en annonçant que des « mesures seront prises » contre des diplomates qu'il dit impliqués dans des « actes hostiles », le ministre laisse planer une menace sans en préciser le fondement.

Sur quels faits repose une accusation aussi grave ? Quels diplomates sont visés ? Quels actes leur sont reprochés ?

En diplomatie, des accusations de cette gravité appellent des faits précis et des preuves. À défaut, elles risquent davantage d'affaiblir la crédibilité de celui qui les formule que celle des gouvernements qu'elles visent.


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