Il y a eu la messe, l'inhumation. Sobre. Digne. Puis la rencontre traditionnelle. « Gukaraba », comme on dit chez nous. Une foule immense. En toutes tenues. Le blue-jean côtoie le costume. Beaucoup de jeunes, des cheveux grisonnants aussi. Ils sont venus de toute l'Europe, et même de plus loin, du Canada notamment.
Une salle de grand standing, dans un quartier huppé de Bruxelles. La famille, les amis, les militants de son parti, le MSD. Des discours, des souvenirs. Beaucoup d'anecdotes. On se recueille. On rigole aussi.
François se dessine sous toutes ses facettes. Le maître de cérémonie, un neveu venu du Canada, assure. Puis, à un moment, il craque. « J'ai des allergies », se justifie-t-il. Chez les Nyamoya, on se tient. Même dans la douleur.
Béatrice, sa sœur, raconte le frère, le confident. Maître Maingain évoque le confrère brillant, le docteur en droit, les procès plaidés ensemble au Burundi, dans des conditions parfois rocambolesques, souvent difficiles. Joseph Bitamba, le cinéaste burundo-canadien, retrouve les années de collège, l'ami fidèle.

Nana, présidente de la section MSD de Belgique, se souvient du camarade. Tous les matins, ce « Habari Nana » — comment vas-tu ? — qui lui donnait le tonus pour la journée. « "Habari Nana" va me manquer », dit-elle, la voix tremblante.
D'un témoignage à l'autre revient la même droiture. Une détermination sans souci des honneurs. Un homme qui préférait la toge aux ors du pouvoir.
Puis Goretti, son épouse. Belle, grande, altière. Un discours court. Deux minutes chrono. A-t-elle manqué de mots ? Non. Elle a dit les mots. Simples. Justes. Venus du cœur. Le portrait le plus sobre et le plus profond de l'homme qu'elle a aimé. Et pour finir : « Tu vas me manquer. » Un frisson a parcouru la salle.
Alexis Sinduhije, président du MSD, a parlé. De cette belle voix grave et basse qu'on a tous connue à la RPA. On sent l'ancien journaliste ébranlé. Mais il tient à faire de ce moment un appel aux militants. Comme Paris, le MSD fluctuat nec mergitur : il est battu par les flots, mais ne sombre pas. La lutte continue, en l'honneur de François Nyamoya, le pilier, le secrétaire général du parti.
Puis le verre de l'amitié. Des retrouvailles. Une grande famille debout : les siens, les camarades du parti, les amis.
Chez les Nyamoya, on se tient. Au MSD aussi. Ce soir à Bruxelles, autour de François, tout le monde s'est tenu.
Droit, comme lui.
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