La date est connue : le 3 mai 2027, les Burundais seront appelés aux urnes pour élire leur président. Six candidats ont déjà annoncé leur intention de se présenter, dont le chef de l'État sortant, Évariste Ndayishimiye.
Six ! Cela promet d'être chaud. Chacun devra déposer une caution de 100 millions de francs burundais. Cent millions ! Par les temps qui courent, ce n'est pas rien, sauf peut-être pour le président sortant. Avec tous les problèmes que connaît le Burundi, on va entendre des projets, des idées, des contradictions. On va vraiment écouter ce qu'ils ont à nous dire. Et, enfin, choisir un président porteur d'espoir.
Allez, je rêve…
Revenons sur terre. Le calendrier est fixé, les conditions de candidature sont établies, la machine électorale est en marche. Tout est en place, bien organisé, bien convenu. Reste une question : suffit-il d'organiser des élections pour qu'il y ait une véritable compétition politique ?
Une élection, ce n'est pas seulement une date, des candidats et des bulletins de vote. C'est d'abord la possibilité, pour des hommes et des femmes porteurs de projets différents, de convaincre librement les électeurs. Un programme contre un autre, un bilan soumis à la critique, des propositions qui se confrontent devant les citoyens. Encore faut-il que tous jouent selon les mêmes règles.
Au Burundi, la question n'a rien de théorique. Lors des législatives du 5 juin 2025, le CNDD-FDD a obtenu 96,51 % des suffrages, selon les résultats officiels, et remporté la totalité des sièges directement pourvus à l'Assemblée nationale.
Comment expliquer un score aussi écrasant ? Par le bilan du parti au pouvoir ? Par l'adhésion massive des électeurs ? Par la faiblesse de ses adversaires ? Par les conditions dans lesquelles le scrutin s'est déroulé ? Chacun, au Burundi, a sa petite idée.
Pour 2027, les signaux ne sont guère plus rassurants. La date du scrutin a été annoncée par la CENI lors d'une réunion boycottée par plusieurs partis d'opposition. En mai 2026, cinq d'entre eux ont mis en cause la composition de la Commission. Leur rencontre avec le chef de l'État, le 15 mai, n'a pas dissipé leurs inquiétudes.
Le phénomène dépasse largement le Burundi. Dans une étude publiée en 2019, Les élections en Afrique, marché de dupes ou apprentissage de la démocratie ?, le chercheur Pierre Jacquemot décrit des régimes qui ont « la forme de la démocratie, mais pas sa substance ». Les élections s'y tiennent régulièrement, les partis existent, les candidats se présentent. Mais derrière cette façade de pluralisme, les conditions d'une véritable compétition ne sont pas toujours réunies. Jacquemot rappelle toutefois que, même imparfaites, les élections peuvent contribuer à l'apprentissage de la démocratie.
Pour ma part, j'aimerais voir les six candidats débattre publiquement de la situation économique du pays, des pénuries de carburant, du chômage, de l'éducation. Que propose chacun ? Quel bilan défend le président sortant ? Quelles solutions avancent ses concurrents ? Pourquoi faire confiance à l'un plutôt qu'à l'autre ?
Voilà ce qui donnerait tout son sens à une présidentielle. Rien, pour l'instant, n'indique que ce débat aura lieu.
Une vieille formule attribuée à l'ancien président congolais Pascal Lissouba vient à l'esprit : « On n'organise pas les élections pour les perdre ! »
Allez, entre nous, entre Burundais : nous savons faire la différence entre une élection organisée et une compétition véritablement ouverte. Souvenez-vous : du temps de Pierre Nkurunziza, on nous annonçait même qu'il resterait au pouvoir jusqu'au retour de Jésus-Christ !
Désespérant ? Pas nécessairement. Car Jésus lui-même avait prévenu : « Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît. » (Matthieu 24,36)
Voilà au moins une échéance que personne ne peut fixer par décret présidentiel.
Et vous ? Si vous pouviez poser une seule question aux six candidats, laquelle serait-ce ? Envoyez-la-moi à antoine@antoinekaburahe.com. Je publierai une sélection de vos questions, anonymement si vous le préférez.
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