Le 5 octobre, on célèbre la Journée mondiale des enseignants. Une journée qui passe souvent inaperçue… Malheureusement. Car au Burundi, un drame se joue. Silencieusement.
Parcem et son président, Faustin Ndikumana, nous alertent encore : selon une estimation de la Coalition Éducation pour Tous « BAFASHEBIGE », qu'il relaie, plus de 10 000 enseignants du primaire et du secondaire ont quitté la profession au cours de l'année scolaire 2024-2025. Vous avez bien lu : dix mille.
Sans réaction, c'est tout le système éducatif burundais, déjà fragile, qui risque de s'effondrer.
Mais comment en sommes-nous arrivés là ?
Il n'y a pas si longtemps, l'instituteur, « Umwarimu », était respecté. Il pouvait vivre de son métier. À l'intérieur du pays, les instituteurs habitaient des maisons couvertes de tôles qui scintillaient sous le soleil. Un tel toit était un signe extérieur de richesse. Souvenons-nous.
Aujourd'hui, l'inflation et la dépréciation du franc burundais ont rongé leur pouvoir d'achat. Pire : même leurs maigres salaires se font attendre.
Alors, les enseignants s'en vont. Certains quittent le pays pour gagner leur vie ailleurs. Du primaire à l'université, aucun niveau n'est épargné. « Même l'enseignement supérieur est touché. Des dizaines d'enseignants titulaires de doctorat ont démissionné des universités publiques », constate Faustin Ndikumana.
Ceux qui restent doivent tenir devant des classes aux effectifs pléthoriques, jusqu'à l'épuisement. Le déficit de recrutement persiste. Le redéploiement ajoute aux difficultés : certains enseignants sont affectés dans des localités difficiles d'accès.
Que reste-t-il de la considération autrefois accordée à « Umwarimu » quand son métier ne lui permet plus de vivre dignement ?
Paradoxe
Feu Canjo Amissi nous a laissé une très belle chanson, « Paradoxe ». Dans la politique de l'enseignement, il y a justement ce paradoxe que dénonce Parcem.
Car dans l'enseignement, l'argent ne manque pas. Et c'est tout le paradoxe. Jugez-en : selon les chiffres cités par Parcem, entre 2020 et 2026, le budget de l'Éducation est passé de 271 à 965 milliards de francs burundais. Il a été multiplié par plus de 3,5 !
Où va cet argent ?
Faustin Ndikumana réclame de la transparence sur son affectation et demande que cette hausse se traduise enfin par de meilleures conditions de travail pour les enseignants.
On célèbre « Umwarimu », mais il doit partir pour vivre. Et avec lui, c'est une part de l'avenir du pays qui s'en va.
Canjo chantait les paradoxes. Celui-ci devrait au moins nous interroger.
Au-delà de ce billet, retrouvez mes grands dossiers et analyses sur le Burundi et la région des Grands Lacs.