Kira Hospital est à sa fondation en 2010 le projet médical le plus ambitieux du Burundi. Dans un pays où les soins de qualité obligent ceux qui en ont les moyens à se rendre à Nairobi, à Kampala, voire jusqu’en Inde, le joyau de Kinindo promet des soins de niveau international, à Bujumbura. Le promoteur du projet est le Dr Christophe Sahabo, médecin burundais formé en Suisse. Il monte le projet avec des partenaires suisses qui en deviennent les actionnaires majoritaires.
Ce que les publications précédentes ont montré, c’est que la machine à broyer le Dr Sahabo est en marche.
Dans l’opinion, il a été présenté comme un « extrémiste » qui ne recruterait que des Tutsi dans l’hôpital Kira.
Pourtant, les statistiques montrent qu’au conseil d’administration, 83 % des membres burundais sont Hutu. Que dans le staff de direction, 5 postes sur 7 le sont aussi. Que le personnel paramédical est à 51 % Hutu. Bref, tantôt une quasi-parité, tantôt une nette majorité Hutu, sauf à deux étages : les médecins spécialistes et généralistes, où les Tutsi sont majoritaires. Des raisons historiques expliquent cette disproportion, qui ne peut donc pas être imputée au Dr Sahabo.
En réalité, la mise en cause publique du médecin sur la question ethnique — sujet inflammable au Burundi — s’inscrit, comme on le verra, dans une séquence qui aboutira à ce que certains actionnaires décrivent comme un hold-up de Kira.
Comme dans les tragédies antiques, le drame va se jouer en trois actes.
Acte I: une visite intrigante
« C’est une visite qui ne cherche rien — et dit tout », m’a confié une source. Début 2018, un émissaire de la présidence vient s’enquérir de l’actionnariat de Kira.
Une source qui connaît ce dossier rapporte une conversation stupéfiante. L’émissaire demande textuellement au directeur de Kira :