Nous étions dix-sept personnalités des médias africains, invités par l'Association Nationale des Médias et des Éditeurs (ANME) à suivre la CAN 2025 au Maroc. À Rabat, Casablanca, Tanger, Marrakech, Fès et Agadir, j'ai découvert un pays ouvert, en mouvement. J'y ai vécu bien plus qu'un tournoi de football : une véritable expérience de fraternité africaine.
J’ai raconté cette belle aventure ici .
Au Maroc comme dans tant de pays africains, on puise dans un même plat – geste de communion qui m'a ramené à nos traditions burundaises, Iwacu, où la table rassemble autant que la nourriture nourrit. Marocains, Sénégalais,Nigérians, Congolais,etc. Nous étions frères et sœurs. L’ambiance était chaleureuse, presque familiale.
C’était avant la finale.
Dès le coup de sifflet final — et même un peu avant — le monde médusé a assisté à un déferlement de violence verbale. Un geyser de haine et de racisme, amplifié par les réseaux sociaux, a tout emporté sur son passage.
Je ne m’aventurerai pas dans des analyses techniques sur l’arbitrage ou les fautes de jeu. Mais une question lancinante me hante : tout cela pour un simple jeu ?
La défaite du Maroc semble avoir libéré un racisme latent, longtemps contenu par la perspective d’une victoire annoncée. Comme si un axiome tacite voulait que le pays organisateur doive nécessairement gagner. Sur les réseaux sociaux, certains regrettent que le Maroc n’ait pas remporté la coupe « au vu de tout ce qu’il a investi ». Cet investissement, je l’ai vu de mes propres yeux. Il est considérable et tout à l’honneur du royaume.
Mais une défaite sportive n’annihile en rien cet engagement, que le monde entier reconnaît et salue.
Les Sénégalais ont gagné et, sur le terrain, méritent leur victoire. Leur sortie du terrain en signe de protestation reste toutefois une faute grave, aujourd’hui presque unanimement condamnée, et qui a durablement entaché leur sacre. Mais cette faute justifie-t-elle ces torrents de haine raciste ?
Redescendons sur terre. Ce n’est qu’un jeu. Le football est joué et arbitré par des humains, et les humains commettent des erreurs. Si nous voulons un jeu sans faute, aseptisé, sans émotions, alors jouons au football sur une console, chez soi, tranquillement, loin des clameurs vivantes d’un stade.
Que vaut ma voix dans ce brouhaha nauséabond ? Peut-être peu de chose. Mais si j’ai été invité à cette CAN, c’est parce que nos voix — celles de ces seize journalistes africains — sont censées porter. Voici donc la mienne. Une voix pour la raison. Une voix qui dit : basta.
Je formule ici un vœu, peut-être utopique, mais sincère : et si les fédérations marocaine et sénégalaise organisaient un match de réconciliation ? Un geste fort, symbolique, couronné par une Coupe de la Paix. Les deux équipes se retrouveraient sur le terrain non pour rejouer la finale, mais pour célébrer ce qui nous unit : notre africanité et notre humanité commune.
Ce serait aussi l’occasion, pour les dirigeants des deux pays, avec le soutien de la CAF, de lancer une campagne continentale contre le racisme dans le sport. Ne serait-il pas temps d’en faire une priorité absolue ?
Nous, journalistes, avons également notre part de responsabilité : refuser de relayer la haine, choisir d’amplifier les voix de la raison. Car face au racisme et à la violence, le silence devient une forme de complicité.
Que le football nous réunisse au lieu de nous diviser.
Ce serait une magnifique panenka à la haine.