Il a accepté de témoigner sous couvert d'anonymat. Ce qu'il raconte sur la torture infligée à Christophe Sahabo dans les cachots du SNR est glaçant. Voici ses mots.
Pour des raisons de sécurité, appelons-le l’agent « X ».
Obtenir ce témoignage a été difficile. Le vérifier l’a été davantage encore.
J’ai recoupé chacun des éléments susceptibles de l’être. Certains ont pu être confirmés. D’autres demeurent impossibles à vérifier de manière indépendante. Il subsiste donc des zones d’ombre dans ce récit. Je soupçonne même mon interlocuteur de ne pas tout dire.
Mais ce qu’il raconte mérite d’être entendu.
Selon l’agent « X », le docteur Christophe Sahabo a d’abord été interrogé par le colonel Elysée Nzomwita, alors responsable du département économique du SNR.
Cette information a pu être vérifiée.
Le colonel aurait notamment fait cомparaître plusieurs employés de Kira Hospital, parmi lesquels une ressortissante russe, Ivanova Valentina, qui travaillait comme comptable de l’établissement. Là encore, plusieurs témoignages concordants confirment ces convocations.
À ce stade, affirme l’agent « X », aucune violence physique n’est encore exercée contre le médecin.
D’après lui, les interrogatoires sont menés par le colonel Elysée Nzomwita. Après vérification, il s’avère en effet qu’Elysée Nzomwita existe. Les documents officiels que j’ai consultés, dont le BOB, le Bulletin Officiel du Burundi, permettent d’établir son identité :
— Nom : Elysée Nzomwita
— Matricule : OPN0960
— Corps : Police nationale du Burundi
— Grade atteint au 31 décembre 2023 : Lieutenant-Colonel de Police
Elysée Nzomwita était directeur du département économique du SNR au moment de l’incarcération du docteur Sahabo.
D’après l’agent « X », Elysée Nzomwita a toujours mené ses interrogatoires correctement. Sans aucune brutalité.
« Yamubaza nk’umuntu. » (Il l’interrogeait humainement.)
Puis le dossier change de mains.
Le docteur Sahabo passe sous la responsabilité du DDI, le département de la documentation intérieure. Le colonel Museremu prend la direction des interrogatoires.
Les séances ont lieu le soir.
« On lui parlait beaucoup de Swiss Med International », se souvient l’agent.
« On voulait qu’il reconnaisse certaines choses. »
— Lesquelles ?
« Je ne comprenais pas tout. Mais lui refusait d’admettre ce que le colonel lui disait. »
L’agent marque une pause. Puis poursuit.
« Un soir, nous n’avons pas fermé son cachot comme d’habitude. »
— Que s’est-il passé ?
« Vers minuit... peut-être une heure du matin... ils sont venus le chercher. »
— Il vous a vu ?
« Non. Il avait les yeux bandés. Il tremblait. »
Silence.
« Ils l’ont attaché sur une chaise. »
Silence.
« Puis ils ont apporté un umugeto. » (Une longue tige métallique utilisée habituellement pour griller la viande.)
« Ils l’avaient chauffé. Il était rouge. »
Silence.
« Ils l’appliquaient sur son genou. »