Au cours de mon enquête, j’ai longuement échangé avec Augustin Bazahica.
Cet ingénieur allemand d’origine burundaise, spécialisé dans le textile, n’a rien d’un homme du sérail médical. Lorsqu’il rejoint l’actionnariat de Kira Hospital, c’est d’abord en investisseur. Il acquiert 501 actions et devient le représentant des actionnaires privés. « C’était un projet solide, porté par des promoteurs en ordre avec la loi et avec la réglementation. Je suis un opérateur privé. J’y ai mis mon argent. »
Direct dans ses propos, peu enclin aux arrangements qu’il juge contraires aux règles, Bazahica affirme avoir toujours refusé les compromis qui lui ont été proposés au fil des années. Il revendique une culture de la rigueur acquise au cours de plusieurs décennies passées en Allemagne.
Sa lecture du conflit est sans détour. « Kira Hospital était bien géré. L’hôpital fonctionnait, se développait et engrangeait des recettes substantielles. C’est à ce moment-là que les convoitises sont apparues. »
Parmi les souvenirs qu’il évoque, un épisode l’a particulièrement marqué.
À l’époque, le ministre de la Santé, Thadée Ndikumana, fait connaître son souhait de voir l’État burundais jouer un rôle plus important dans la gestion de l’hôpital. L’argument avancé est le suivant : la SOCABU est un actionnaire important de Kira Hospital. Dès lors, estime-t-il, l’État devrait disposer d’une place plus grande dans l’administration de l’établissement.
La demande est concrète : le ministre souhaite qu’un poste stratégique revienne à l’État, celui de Directeur administratif et financier.

Pour les promoteurs du projet, la réponse est claire. La SOCABU est déjà représentée au conseil d’administration. Rien ne s’oppose à ce qu’elle fasse entendre sa voix dans les organes de gouvernance. Mais la gestion quotidienne de l’hôpital relève d’une autre logique : celle des compétences, des responsabilités opérationnelles et des équilibres définis par les actionnaires. Interrogé, Onésime Nduwimana, ancien directeur général de la SOCABU qui a vu naître le projet, ne cache pas son étonnement.
« La SOCABU avait un poste de vice-président du conseil d'administration depuis la création de l'hôpital. Le poste de directeur administratif et financier est un poste qu'on n'obtient qu'après concours et sélection sur base de compétence. En aucun cas le DAF ne pouvait être nommé. »
Il ajoute : « Ce qui m'étonne davantage, c'est de voir le ministère de la Santé s'intéresser à gérer un hôpital qu'il avait combattu, auquel il ne croyait pas, depuis que l'idée de le construire est née. » La requête n’aboutit pas.
À l’époque, l’incident paraît mineur. Avec le recul, Augustin Bazahica y voit davantage qu’une revendication administrative. Pour lui, c’était un signal — un de plus. Après les tracts, après les premières contestations de la gouvernance, après les tentatives de remise en cause de l’équilibre actionnarial, voici qu’apparaissait une nouvelle ambition : entrer au cœur même de la machine Kira.
Personne, alors, ne parle encore de prise de contrôle. Une autre tentative va bientôt suivre. Plus discrète.