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ANTOINE KABURAHE
Analyses et enquêtes indépendantes sur le Burundi et les Grands Lacs
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Ils tuent

lls tuent sans tirer. Ils tuent sans frapper. Ils tuent lentement. Depuis plus de six cents jours, l’État laisse mourir une journaliste. Son crime : un message critique sur WhatsApp.

Ils tuent
Publié:

Il y a plusieurs façons de tuer une personne.
La plus directe. La plus brutale. Une balle. Une machette. Une lance.
Tout cela, nous connaissons au Burundi. Nous y avons même, à certains moments, excellé.

Mais il existe une autre mise à mort. Plus raffinée. Plus lente. Méthodique.
Celle-là aussi, nous la maîtrisons.
C’est celle qui est en cours contre notre collègue Sandra Muhoza.

Sandra ?
Évidemment qu’elle mérite de brûler à petit feu. C’est une terroriste.

Vous imaginez l’horreur ?
Chez elle, on a trouvé des cartes. Des plans d’attaque contre le Burundi.
D’où cette accusation gravissime : atteinte à l’intégrité territoriale.

Pire encore : des commandes d’armes lourdes. De l’artillerie.
Des arsenaux entiers soigneusement dissimulés dans sa maison.

Interrogé, le peuple aurait dû hurler en chœur :
Crucifiez Sandra ! Au bûcher ! Au bûcher !

La peine de mort ayant été abolie, la justice burundaise, dans sa magnanimité proverbiale, dans sa compassion toute chrétienne, a opté pour une solution plus humaine : la faire dépérir vivante. Doucement.

Et cela fonctionne.

Au 616ᵉ jour du supplice légal, lors de sa dernière comparution, elle avait l’air d’une vieille femme.
Loin de la journaliste alerte, altière, pimpante.

Sandra est une femme détruite.
Éteinte.
Vidée.

Plus de deux ans qu’elle n’a pas vu Kelly Laure, Chérubin, Jolène et Tray Day, ses enfants.
Son cœur de mère est en lambeaux.
Son corps lâche.
Elle marche désormais avec une béquille.

Bientôt, peut-être, elle ne marchera plus.

Bravo.
Mission accomplie.

Sandra dépérit.
Sandra meurt.

Ses plans d’attaque contre le Burundi ?
Ses arsenaux ?
Un commentaire critique dans un groupe WhatsApp.

C’est bientôt Noël.
Le pouvoir ira à la messe de minuit.
Le Président.
La Ministre de la Justice.
Les dignitaires.
Les caméras.
Les hosties.
Les prières.
La mise en scène.

Ils communieront.
Ils se signeront.
Ils souriront.

Pendant ce temps, Sandra est allongée dans une cellule, à côté de sa béquille.

Ils n’ont pas besoin de la tuer.
Ils l’ont déjà fait.

Joyeux Noël.


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