En pleine période de vœux, je vais quand même commencer par la bonne : cette dénonciation par le ministre des Finances d'une réclamation d'une dizaine de milliards de francs burundais par l'entreprise FOMI. Ce genre de déclaration, on avait plutôt l'habitude de l'entendre de la part des organisations de lutte contre la corruption, OLUCOME, PARCEM et autres. Voilà donc pour la bonne nouvelle. On se dit que tout n'est peut-être pas complètement perdu, qu'il existe encore des dirigeants qui se soucient de l'intérêt public, comme ce ministre qui dénonce publiquement et officiellement une demande de paiement unilatéral. Passons sur ce qu'endurent les agriculteurs burundais en termes de livraisons d'engrais.
Venons-en à la réaction quasi violente de la FOMI. Au lieu de démontrer calmement et méthodiquement que l'entreprise est dans son bon droit, ce sera une attaque en règle contre le ministre Alain Ndikumana qui n'a rien compris, contrairement à ses prédécesseurs. Tiens…
FOMI aurait pu, par exemple, mettre en ligne le contrat . Une entreprise qui utilise l'argent public et qui se dit au service de la population devrait considérer la transparence comme une évidence, pas comme une offense. Si FOMI est vraiment dans son bon droit, la publication du contrat serait la réponse la plus appropriée pour démontrer que le ministre n'a effectivement “rien compris.” Mais curieusement, on préfère l'invective à la preuve. Les Burundais ne sommes pas les crétins pour qui on nous prend depuis des années. Nous pouvons lire et comprendre un contrat.
Cette réaction outrée révèle une conception pour le moins élastique de l'État de droit. FOMI s'acharne sur l'homme et non sur le dossier. Dans cette charge, une phrase m'a frappé. FOMI parle de contrats « dynamiques ».
L'entreprise tente de normaliser ce qui est en réalité une modification unilatérale des termes contractuels – une pratique qui constitue souvent une porte ouverte à la surfacturation et au détournement de fonds.
L'utilisation du terme « dynamique » est intéressante – il évoque l'adaptabilité, une qualité positive. Or, c'est une tentative de requalifier une irrégularité en vertu managériale.
Un contrat est précisément censé être un cadre fixe, non « dynamique » au gré des intérêts de l'une des parties. Et après, l'on s'étonne que le Burundi figure parmi les pires pays en matière de climat des affaires.
La déclaration du responsable de la FOMI, en colère comme une fiancée éconduite, si elle est bien documentée, constitue un aveu précieux pour tout travail d'investigation sur ce dossier.
Plus troublante encore, la réaction du secrétaire général du parti au pouvoir. Au lieu de soutenir ce ministre courageux, il a minimisé ses craintes avec un dédain à peine voilé. Dans un pays normal, le parti défendrait ceux qui défendent l'intérêt public. Ici, on les isole, on les stigmatise.
Enfin, j'ai eu un peu de pitié pour le ministre qui disait : « Ce contrat de FOMI, je l'ai toujours avec moi dans ma sacoche ». Avec un humour typiquement burundais, quelqu'un a dit que ce n'était pas un gilet pare-balles.
À bien y réfléchir, le ministre Alain Ndikumana a effectivement besoin d'un gilet pare-balles...