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Musaga, le risque était connu, le drame évitable

On savait. On n'a pas agi. En 2013, Iwacu avait évoqué le danger des arsenaux militaires enfouis au cœur des quartiers de Bujumbura. Hier soir, ce danger a un nom : Musaga.

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Hier, en début de soirée, le camp « Base » de Musaga a explosé. Pendant plusieurs heures, des détonations ont secoué le sud de Bujumbura. Des flammes ont illuminé le ciel. La peur s’est propagée immédiatement, alimentée par des images spectaculaires et des informations fragmentaires.

Le bilan humain reste encore incertain. Comme souvent dans ces moments-là, les rumeurs circulent plus vite que les faits, tandis que les autorités cherchent à rassurer.

Mais une chose ne fait guère de doute : ce risque était connu.

En mars 2012, après l’explosion du dépôt de munitions de Mpila à Brazzaville — plus de 200 morts, des milliers de blessés — Iwacu avait posé une question simple, peut-être dérangeante : et Bujumbura, est-elle à l’abri ?

Nos journalistes avaient estimé les distances. Je me souviens, leurs constats donnaient froid dans le dos : quelques centaines de mètres entre le camp Muha et une école primaire. Une clôture entre le camp Ngagara et un lycée. Et le camp Base — celui-là même qui a explosé hier — enclavé au cœur de Musaga, entouré de quartiers résidentiels denses, d’habitations, de familles.

Une source militaire, sous couvert d’anonymat, nous avait confié ce qui ressemble aujourd’hui à une malédiction : « Avec une explosion comme celle de Brazza dans le camp Base, ce sont les quartiers Musaga, Gatoke, Kinanira et Gasekebuye qui seraient en grande partie soufflés. »

Nous n’avions pas dit que cela arriverait. Nous avions évoqué le risque. C’est le rôle d’un journal.

Ce danger avait été reconnu. Des responsables de l’urbanisme avaient évoqué la possibilité de déplacer ces installations vers Gakungwe, en commune Kabezi. Projet à long terme, avait-on précisé, faute de moyens.

Nous étions en 2013. Treize ans ont passé.

Non seulement les camps n’ont pas bougé, mais la zone Musaga est devenue plus densément peuplée. Des habitations de familles militaires se sont multipliées autour des arsenaux. Une ville-garnison. On n’a pas résolu le problème. On l’a densifié.

On savait. On n’a pas agi.

Aujourd’hui, plusieurs questions demeurent. Quel est le bilan réel de cette explosion ? Combien de blessés, combien de familles touchées ? L’hypothèse du court-circuit avancée par les autorités repose-t-elle sur une enquête indépendante ? Et surtout : qui porte la responsabilité d’avoir maintenu, pendant plus d’une décennie, des stocks de munitions au cœur d’une zone de plus en plus habitée ?

Les journalistes ne sont pas des prophètes. Mais leur rôle est précisément de signaler les risques lorsqu’ils sont visibles, et d’avoir le courage de publier les questions qui dérangent.

En 2013, Iwacu avait fait son travail.

La catastrophe d’hier soir n’est donc pas vraiment une surprise. C’est une négligence. Qui risque de coûter cher.

Cette fois, la délocalisation des camps n’est plus une option à long terme. C’est une obligation.

Ce billet s’inscrit dans un travail d’analyse plus large consacré aux dynamiques politiques et diplomatiques dans la région des Grands Lacs. Les abonnés ont accès à des Grands dossiers et éclairages approfondis sur ces évolutions.

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